Le salaire minimum conventionnel (SMC), aussi appelé salaire minimum hiérarchique (SMH) ou minima conventionnel, est le salaire plancher prévu par votre convention collective de branche, déterminé en fonction de votre classification (coefficient, échelon, niveau). Souvent méconnu des salariés, il s’impose pourtant à l’employeur au même titre que le SMIC. Voici comment le trouver, le calculer et réagir en cas de non-respect.
SMIC au 1er juin 2026 : 12,31 €/heure brut, soit 1 867,02 € brut mensuel pour 35 heures hebdomadaires. Si le salaire minimum conventionnel est inférieur au SMIC, c’est le SMIC qui s’applique (principe de faveur).
1. Qu’est-ce que le salaire minimum conventionnel ?
Chaque convention collective de branche contient des grilles de classification associant un salaire plancher à chaque catégorie de poste. Ce plancher, négocié par les partenaires sociaux (syndicats d’employeurs et de salariés), varie selon le niveau, l’échelon et le coefficient du salarié.
L’employeur est tenu de respecter le SMC dans deux situations :
- S’il est membre d’un syndicat patronal signataire de l’accord sur les salaires.
- Si l’accord a été étendu par arrêté ministériel : il s’applique alors à toutes les entreprises du secteur, qu’elles soient signataires ou non. En pratique, la très grande majorité des avenants salaires font l’objet d’une extension.
En droit du travail français, l’employeur et le salarié sont libres de négocier le salaire. Toutefois, cette liberté est encadrée par deux planchers obligatoires :
- Le SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance), fixé par la loi et applicable à tous les salariés.
- Le salaire minimum conventionnel, fixé par la convention collective applicable dans l’entreprise, variable selon la classification du salarié.
L’employeur doit verser au salarié un salaire au moins égal au plus élevé des deux minimums. Le non-respect de cette obligation expose l’employeur à des rappels de salaire devant le Conseil de prud’hommes.
Différence entre SMIC et salaire minimum conventionnel
| Critère | SMIC | Salaire minimum conventionnel |
|---|---|---|
| Source | Loi (Code du travail) | Convention collective de branche |
| Fixation | État (décret) | Partenaires sociaux (négociation) |
| Montant | Identique pour tous (1 867,02 € brut) | Variable selon la classification |
| Revalorisation | Automatique (inflation, décret) | Par accord de branche (négociation) |
| Champ d’application | National, tous secteurs | Par branche professionnelle |
| Peut être inférieur à l’autre ? | Non applicable | Oui (126 branches concernées en 2026) |
2. Comment trouver votre salaire minimum conventionnel
Identifier votre convention collective
Le salaire minimum conventionnel dépend de la convention collective applicable dans votre entreprise. Pour l’identifier :
- Votre fiche de paie : la convention collective figure obligatoirement sur le bulletin de salaire, avec son numéro IDCC (identifiant de convention collective).
- Votre contrat de travail : en CDD, l’intitulé de la convention collective doit obligatoirement y figurer.
- Le site du ministère du Travail : en cas de doute, l’outil en ligne du Code du travail numérique permet de retrouver la convention collective applicable à partir du nom de l’entreprise ou du code NAF/APE.
Exemple : un cuisinier dans un hôtel-restaurant relève de la Convention collective nationale des Hôtels, Cafés, Restaurants (IDCC 1979). Cette information figure en haut de sa fiche de paie.
Comprendre les grilles de classification
Les conventions collectives établissent des grilles de classification qui associent chaque poste à un salaire minimum. Ces grilles sont généralement organisées en trois colonnes :
- Le niveau ou groupe : catégorie correspondant au type de poste (employé, agent de maîtrise, cadre).
- L’échelon : sous-catégorie décrivant les compétences, l’autonomie et les responsabilités liées au poste.
- La rémunération minimale : le salaire plancher applicable à cette classification.
Dans certaines conventions, le salaire minimum est calculé à partir d’un coefficient hiérarchique multiplié par une valeur du point. Plus le coefficient est élevé, plus le salaire minimum conventionnel est important.
Exemples de grilles de salaires par convention collective :
Convention collective HCR (IDCC 1979) : un employé de niveau III, échelon 2, doit percevoir au minimum 13,17 €/heure brut.
Convention collective SYNTEC (IDCC 1486) : un ETAM au coefficient 240 a un minimum conventionnel de 1 815 € brut mensuel, soit un montant inférieur au SMIC au 1er juin 2026 (et donc inapplicable).
Convention collective SYNTEC : un ETAM en position 2.2 a un minimum de 1 905 € brut mensuel, supérieur au SMIC (applicable).
Trouver votre grille de salaires sur Légifrance
Une fois votre convention collective identifiée, rendez-vous sur Légifrance pour consulter la grille de salaires :
- Recherchez votre convention collective sur Légifrance (par son nom ou numéro IDCC).
- Dans le menu latéral, recherchez les textes relatifs aux salaires minimums. Ils figurent généralement dans les avenants les plus récents.
- Vérifiez le champ d’application du texte : certains avenants ne concernent que les cadres ou que les non-cadres.
- Identifiez le salaire correspondant à votre classification (niveau, échelon, coefficient).
Attention : choisissez toujours l’avenant salaires le plus récent. Les grilles sont régulièrement renégociées pour tenir compte de l’inflation. Un avenant de 2023 peut prévoir des montants très différents d’un avenant de 2026.
Votre classification ne correspond pas à vos fonctions réelles ?
Si les fonctions que vous exercez réellement ne correspondent pas à la classification inscrite sur votre fiche de paie, vous pouvez engager une action en reclassification conventionnelle devant le Conseil de prud’hommes pour obtenir une classification supérieure et le salaire minimum correspondant.
Quatre fondements permettent d’obtenir une reclassification :
- La voie classique : prouver que vos fonctions réelles correspondent aux critères d’une classification supérieure dans la convention collective.
- Le surclassement volontaire : l’employeur vous a attribué une classification supérieure (dans le contrat par exemple), ce qui crée un droit acquis.
- L’égalité de traitement : des collègues exerçant les mêmes fonctions bénéficient d’une classification supérieure sans justification objective.
- La discrimination : votre sous-classification résulte d’un motif discriminatoire (sexe, âge, origine, activité syndicale). La prescription est alors de 5 ans.
3. Calcul du salaire minimum conventionnel
Formule de calcul
Selon les conventions collectives, le salaire minimum conventionnel est déterminé de deux manières :
- Montant forfaitaire : la grille indique directement un montant mensuel brut (ou un taux horaire) pour chaque classification.
- Calcul par coefficient : le salaire est calculé selon la formule Valeur du point × Coefficient hiérarchique. Par exemple, si la valeur du point est 8,50 € et votre coefficient est 250, le minimum conventionnel est de 2 125 € brut mensuel.
Éléments inclus dans l’assiette de comparaison
Pour vérifier si votre salaire respecte le minimum conventionnel, il faut déterminer quels éléments de rémunération entrent dans l’assiette de comparaison. La première étape est de vérifier si la convention collective précise elle-même les éléments à prendre en compte (Cass. soc., 2 juillet 2008, n° 06-45.987).
À défaut de précision conventionnelle, la Cour de cassation retient les éléments constituant la contrepartie directe du travail effectué :
| Élément de rémunération | Inclus dans l’assiette ? |
|---|---|
| Salaire de base | Oui |
| Prime de rendement / productivité | Oui |
| Avantages en nature (logement, repas) | Oui |
| Prime de 13e mois (le mois de versement uniquement) | Oui |
| Commissions sur ventes | Oui |
| Gratification collective, prime d’objectifs | Oui |
Éléments exclus de l’assiette de comparaison
| Élément de rémunération | Inclus dans l’assiette ? |
|---|---|
| Heures supplémentaires et majorations | Non |
| Primes d’ancienneté | Non |
| Primes de nuit, dimanche, jours fériés | Non |
| Remboursement de frais professionnels | Non |
| Primes de précarité (fin de CDD) | Non |
| Participation, intéressement | Non |
| Primes exceptionnelles (non récurrentes) | Non |
| Titres-restaurant (Cass. soc. 3 juillet 2019, n° 17-18.210) | Non |
Jurisprudence : la Cour de cassation juge que la prime de 13e mois peut être prise en compte pour apprécier le respect du minimum conventionnel, mais uniquement le mois où elle est versée (Cass. soc., 14 novembre 2018, n° 17-22.539). La comparaison doit s’effectuer mois par mois, l’employeur ne peut pas lisser sur l’année.
La comparaison doit être effectuée mois par mois (Cass. soc., 2 juillet 2014, n° 12-25.752). L’employeur ne peut pas compenser un mois de sous-paiement par un mois de sur-paiement. Toutefois, si la convention collective le prévoit expressément, l’appréciation peut se faire sur l’année (Cass. soc., 20 novembre 2019, n° 18-11.811).
La base de calcul est de 35 heures hebdomadaires, soit 151,67 heures mensuelles. Les heures supplémentaires et leurs majorations sont exclues du calcul (Cass. soc., 7 juin 2018, n° 16-23.468).
4. Exemple concret de calcul de rappel de salaire conventionnel
Prenons un exemple pour illustrer concrètement le calcul d’un rappel de salaire.
Situation : Marie est employée dans un cabinet comptable relevant de la Convention collective des experts-comptables (IDCC 787). Elle est classée coefficient 330, position 2.1.
Le dernier avenant salaires prévoit un minimum de 2 150 € brut mensuel pour cette classification. Or, Marie ne perçoit que 1 950 € brut par mois.
Calcul du rappel :
Écart mensuel : 2 150 − 1 950 = 200 €/mois
Rappel sur 3 ans (prescription) : 200 × 36 mois = 7 200 € brut
Congés payés afférents (10 %) : 720 €
Total : 7 920 € brut de rappel de salaire
En complément du rappel de salaire, Marie pourrait également obtenir des dommages et intérêts pour le préjudice subi si elle démontre un manquement fautif de l’employeur.
5. Salaire minimum conventionnel et SMIC en 2026 : 126 branches sous le minimum
Au 1er juin 2026, 126 branches professionnelles présentaient des grilles de salaires inférieures au SMIC, faute de renégociation par les partenaires sociaux. Cela concerne des millions de salariés.
Dans cette situation, c’est le principe de faveur qui s’applique : l’employeur doit verser au minimum le SMIC, même si la grille conventionnelle prévoit un montant inférieur. Le salarié bénéficie toujours du minimum le plus favorable entre le SMIC et le salaire minimum conventionnel.
| Situation | Minimum applicable |
|---|---|
| SMC > SMIC | Le salaire minimum conventionnel s’applique |
| SMC < SMIC | Le SMIC s’applique (1 867,02 € brut en 2026) |
| SMC = SMIC | Le montant est identique, aucun problème |
Concrètement, un salarié dont la grille conventionnelle affiche un minimum de 1 750 € brut alors que le SMIC est à 1 867,02 € doit impérativement percevoir au moins 1 867,02 € brut. Si ce n’est pas le cas, consultez notre guide : être sous-payé, comment réagir ?
Négociation des salaires minimums conventionnels : obligations et délais
Les salaires minimums conventionnels sont renégociés au moins une fois par an dans chaque branche. Depuis la loi du 16 août 2022, les partenaires sociaux ont 45 jours (au lieu de 3 mois auparavant) pour ouvrir une négociation lorsque le salaire minimum des premiers niveaux est inférieur au SMIC.
Par ailleurs, dans les entreprises disposant d’au moins un délégué syndical, les salaires font l’objet de négociations annuelles obligatoires (NAO). Ces négociations d’entreprise peuvent aboutir à des minimums supérieurs à ceux de la branche.
LFSS 2026 : pour accélérer la mise en conformité des grilles, la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 a introduit un mécanisme inédit : les entreprises relevant d’une branche dont les premiers niveaux restent sous le SMIC sur toute une année civile perdent une partie de leurs allègements de cotisations patronales (article L. 241-13, III bis du Code de la Sécurité sociale).
6. Que faire en cas de non-respect du salaire minimum conventionnel
Si votre salaire est inférieur au minimum conventionnel applicable à votre classification, plusieurs recours s’offrent à vous.
Étape 1 : adressez une mise en demeure à votre employeur
Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception à votre employeur en rappelant :
- Votre convention collective et votre classification.
- Le salaire minimum conventionnel applicable.
- Le montant que vous percevez réellement.
- L’écart constaté et la demande de régularisation.
Cette lettre constitue un élément de preuve important si vous devez saisir les prud’hommes par la suite. Conservez une copie et l’accusé de réception.
Étape 2 : signalez la situation à l’inspection du travail
Vous pouvez effectuer un signalement confidentiel auprès de la Dreets (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités). L’inspection du travail peut contrôler l’entreprise et mettre en demeure l’employeur de régulariser les salaires. Votre identité reste confidentielle.
Toutefois, l’inspection du travail ne peut pas obtenir le paiement des rappels de salaire à votre place : pour cela, il faut saisir les prud’hommes.
Étape 3 : saisissez le Conseil de prud’hommes
Vous pouvez demander des rappels de salaire devant le Conseil de prud’hommes dans les limites de la prescription, soit 3 ans à compter de la date de saisine (article L. 3245-1 du Code du travail). Si le non-respect résulte d’une discrimination, la prescription est portée à 5 ans.
La demande peut porter sur :
- Le rappel de salaire brut correspondant à l’écart entre le minimum conventionnel et le salaire versé.
- Les congés payés afférents (10 % du montant du rappel).
- Des dommages et intérêts pour le préjudice subi.
- Les intérêts de retard à compter de la mise en demeure.
La prise d’acte de la rupture pour non-respect du salaire minimum conventionnel
Lorsque le non-paiement du salaire minimum conventionnel persiste malgré les relances, le salarié peut prendre acte de la rupture de son contrat de travail aux torts de l’employeur.
La prise d’acte produit les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse si le juge considère que le manquement de l’employeur est suffisamment grave pour empêcher la poursuite du contrat. Le salarié peut alors obtenir :
- L’indemnité de licenciement (légale ou conventionnelle).
- L’indemnité compensatrice de préavis.
- Les dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse (barème Macron).
- Les rappels de salaire sur 3 ans.
Attention : la prise d’acte est risquée. Si le juge estime que les manquements ne sont pas suffisamment graves, elle produit les effets d’une démission. Il est vivement recommandé de consulter un avocat en droit du travail avant d’engager cette démarche.
7. Sanctions pour non-respect du salaire minimum conventionnel
| Type de sanction | Détail |
|---|---|
| Civile | Rappel de salaire sur 3 ans + congés payés (10 %) + dommages et intérêts + intérêts de retard |
| Pénale | Amende de 750 € par salarié concerné (contravention de 4e classe) |
| Administrative | Amende jusqu’à 4 000 € par salarié prononcée par la Dreets |
En cas de non-paiement du salaire, les sanctions peuvent se cumuler. L’amende pénale est doublée en cas de récidive.
Bon à savoir : les syndicats professionnels peuvent se porter partie civile en cas de violation des dispositions d’un accord de branche sur les salaires minimums. La Cour de cassation considère que cette violation cause nécessairement un préjudice à l’intérêt collectif de la profession (Cass. soc., 20 janvier 2021, n° 19-16.283 ; article L. 2132-3 du Code du travail).
8. Rôle de l’avocat en cas de non-respect du salaire minimum conventionnel
L’intervention d’un avocat en droit du travail est recommandée pour :
- Identifier la bonne convention collective et la classification applicable à votre situation.
- Calculer précisément le rappel de salaire en intégrant tous les éléments (assiette, congés payés, intérêts).
- Rédiger la mise en demeure et, si nécessaire, la requête devant le Conseil de prud’hommes.
- Évaluer l’opportunité d’une prise d’acte si l’employeur refuse de régulariser.
- Négocier un accord amiable avec l’employeur pour éviter un contentieux.
Cabinet De La Torre Avocat
Maître De La Torre intervient en droit du travail à Nice et dans toute la France. Consultation initiale sur rendez-vous pour analyser votre situation et calculer vos droits.
9. Questions fréquentes sur le salaire minimum conventionnel
Mon salaire peut-il être inférieur au minimum conventionnel ?
Non, sauf dans les cas d’exception prévus par la loi (apprentis, salariés mineurs avec abattement). L’employeur doit verser au minimum le plus élevé entre le SMIC et le salaire minimum conventionnel. En cas de non-respect, le salarié peut demander un rappel de salaire devant le Conseil de prud’hommes sur les 3 dernières années.
Comment trouver le salaire minimum de ma convention collective ?
Identifiez votre convention collective sur votre fiche de paie (numéro IDCC), puis recherchez le dernier avenant salaires sur Légifrance. Repérez votre classification (niveau, échelon, coefficient) et le salaire minimum correspondant. En cas de doute, un avocat en droit du travail peut effectuer cette vérification.
La prime de 13e mois compte-t-elle dans le calcul du minimum conventionnel ?
Sauf disposition contraire de la convention collective, la Cour de cassation juge que la prime de 13e mois peut être prise en compte, mais uniquement le mois où elle est effectivement versée (Cass. soc., 14 novembre 2018, n° 17-22.539). L’employeur ne peut pas la lisser sur 12 mois pour compenser un salaire mensuel insuffisant.
Sur combien d’années puis-je demander un rappel de salaire ?
Le délai de prescription est de 3 ans à compter de la saisine du Conseil de prud’hommes (article L. 3245-1 du Code du travail). En cas de discrimination salariale, ce délai est porté à 5 ans. Plus vous agissez tôt, plus le montant récupérable est important.
Que risque l’employeur qui ne respecte pas le salaire minimum conventionnel ?
L’employeur s’expose à trois types de sanctions : le rappel de salaire sur 3 ans devant les prud’hommes (sanction civile), une amende pénale de 750 € par salarié (contravention de 4e classe), et une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié prononcée par la Dreets.
10. Schéma récapitulatif : salaire minimum conventionnel
Ce schéma résume les étapes pour trouver votre salaire minimum conventionnel, les éléments inclus et exclus de l’assiette de comparaison, et les recours en cas de non-respect.


