Votre employeur peut-il vous imposer une période d’essai dans votre CDI alors que vous étiez déjà en CDD dans l’entreprise ? En principe, non : la durée de votre CDD doit être déduite de la période d’essai du CDI. Voici les règles applicables, les exceptions et les recours en cas d’abus.
Article L. 1243-11 du Code du travail : lorsque la relation de travail se poursuit après un CDD avec le même employeur, la durée du CDD est déduite de la période d’essai éventuellement prévue dans le CDI. L’ancienneté acquise pendant le CDD est également conservée.
1. Le principe : déduction de la durée du CDD sur la période d’essai du CDI
La période d’essai permet à l’employeur d’évaluer les compétences du salarié et au salarié de vérifier que le poste lui convient (article L. 1221-20 du Code du travail). Pendant cette période, chacune des parties peut rompre le contrat librement, sans motif ni indemnité (hors délai de prévenance).
Toutefois, lorsqu’un salarié a déjà travaillé dans l’entreprise en CDD, ses compétences ont déjà été évaluées. C’est pourquoi l’article L. 1243-11 du Code du travail prévoit que la durée du CDD est déduite de la période d’essai du CDI qui lui succède.
Rappel : la période d’essai ne se présume pas. Pour être valable, elle doit être expressément prévue dans le contrat de travail ou la lettre d’engagement (article L. 1221-23 du Code du travail). À défaut d’écrit, le salarié est considéré comme embauché définitivement dès le premier jour.
Durées maximales de la période d’essai en CDI
| Catégorie professionnelle | Durée maximale | Renouvellement possible |
|---|---|---|
| Ouvriers et employés | 2 mois | 4 mois max. |
| Agents de maîtrise et techniciens | 3 mois | 6 mois max. |
| Cadres | 4 mois | 8 mois max. |
Ces durées sont fixées par les articles L. 1221-19 à L. 1221-21 du Code du travail. La convention collective applicable peut prévoir des durées inférieures, qui s’imposent alors à l’employeur.
2. Période d’essai CDI après CDD : les 6 cas possibles
Cas n° 1 : CDI sur le même poste que le CDD
C’est le cas le plus fréquent. La durée du CDD est intégralement déduite de la période d’essai du CDI (article L. 1243-11). Si le salarié a effectué un CDD de 4 mois et que la période d’essai du CDI est de 4 mois (cadre), la période d’essai est entièrement absorbée.
Pour déterminer s’il s’agit du « même poste », les juges examinent si les deux emplois relèvent du même emploi-repère dans la convention collective, avec un même salaire minimum conventionnel et un même niveau de compétences (Cass. soc., 9 octobre 2013, n° 12-12.113).
Cas n° 2 : CDI sur un poste différent
Si le CDI porte sur un poste réellement différent, exigeant des compétences et qualifications distinctes, l’employeur peut prévoir une période d’essai complète, sans déduction (Cass. soc., 17 mars 1993, n° 89-45.508).
La charge de la preuve pèse sur l’employeur : il doit démontrer que les fonctions du CDI diffèrent substantiellement de celles du CDD (CA Paris, 6 février 2007, n° 05/05046). Une simple modification de l’intitulé du poste ne suffit pas.
Exemple : un employeur ne peut pas invoquer un poste différent au seul motif que le CDI prévoit, en plus de la fonction d’agent de sécurité exercée en CDD, une mission complémentaire d’intervenant sur alarme (CA Colmar, 27 octobre 2016, n° 14/06391).
Cas n° 3 : plusieurs CDD successifs avant le CDI
Lorsque le salarié a enchaîné plusieurs CDD avant son CDI, la durée totale de l’ensemble des CDD est déduite de la période d’essai, même s’il y a eu des interruptions entre les contrats (Cass. soc., 19 juin 2024, n° 23-10.783).
C’est une évolution majeure de la jurisprudence. Auparavant, une interruption entre les CDD pouvait empêcher la déduction. Depuis 2024, les juges raisonnent en termes de continuité fonctionnelle (mêmes compétences requises) plutôt que de continuité temporelle stricte.
Cas n° 4 : CDI après une mission d’intérim
Si l’entreprise utilisatrice embauche en CDI un salarié intérimaire, la durée des missions accomplies au cours des 3 mois précédant le recrutement est déduite de la période d’essai (article L. 1251-38 du Code du travail). Les missions plus anciennes ne comptent pas.
Cas n° 5 : CDI après un stage
Pour un stage intégré au cursus de la dernière année d’études (article L. 1221-24 du Code du travail) :
- Si le CDI porte sur un emploi en correspondance avec les activités du stage : la durée du stage est déduite intégralement.
- Sinon : la durée du stage est déduite, mais sans réduire la période d’essai de plus de la moitié.
Cas n° 6 : CDI après un contrat d’apprentissage
Lorsqu’un apprenti est embauché en CDI par le même employeur à l’issue de son contrat d’apprentissage, aucune période d’essai ne peut lui être imposée (article L. 6222-16 du Code du travail). Contrairement aux cas précédents, il ne s’agit pas d’une simple déduction : la période d’essai est purement et simplement interdite.
Cette interdiction s’applique quel que soit le poste occupé dans le nouveau contrat. Elle vaut pour le CDI, mais aussi pour un CDD ou un contrat de travail temporaire conclu avec le même employeur. Seule exception : la convention collective applicable peut prévoir expressément la possibilité d’une période d’essai après l’apprentissage. La durée du contrat d’apprentissage est en outre prise en compte pour le calcul de l’ancienneté et de la rémunération.
Tableau récapitulatif : période d’essai selon les 6 cas
| Situation | Règle de déduction | Texte / Jurisprudence |
|---|---|---|
| CDD puis CDI, même poste | Déduction intégrale de la durée du CDD | Art. L. 1243-11 |
| CDD puis CDI, poste différent | Pas de déduction (PE complète) | Cass. soc. 17/03/1993 |
| Plusieurs CDD puis CDI | Déduction de la durée totale des CDD | Cass. soc. 19/06/2024 |
| Intérim puis CDI | Déduction des missions des 3 derniers mois | Art. L. 1251-38 |
| Stage puis CDI | Déduction intégrale (même emploi) ou partielle (max 50 %) | Art. L. 1221-24 |
| Apprentissage puis CDI | Aucune PE (interdiction totale, sauf CC contraire) | Art. L. 6222-16 |
3. Période d’essai et continuité fonctionnelle : la jurisprudence 2024
L’arrêt de la Cour de cassation du 19 juin 2024 (n° 23-10.783) a marqué une évolution importante. Dans cette affaire, un salarié avait enchaîné trois CDD (mai, juin et août 2017) avant d’être embauché en CDI en septembre 2017. L’employeur avait prévu une période d’essai complète au motif qu’il y avait eu une interruption d’un mois entre les CDD.
La Cour de cassation a rejeté cet argument : dès lors que les différents contrats requéraient les mêmes compétences professionnelles, la durée totale des CDD devait être déduite de la période d’essai du CDI, malgré les interruptions entre les contrats.
Ce qui change concrètement :
Avant 2024 : les juges exigeaient une continuité temporelle stricte (pas d’interruption entre CDD et CDI). Une interruption notable pouvait priver le salarié de la déduction (Cass. soc., 26 février 2002, n° 00-40.749).
Depuis 2024 : le critère déterminant est la continuité fonctionnelle. Même avec des interruptions entre les contrats, la déduction s’applique si les compétences requises sont identiques.
4. Exemples concrets de calcul de la période d’essai après un CDD
Exemple 1 : un seul CDD, même poste
Sophie, employée, a effectué un CDD de 3 mois comme assistante commerciale. Elle est embauchée en CDI au même poste.
Période d’essai maximale (employée) : 2 mois.
Durée du CDD (3 mois) > période d’essai (2 mois) → pas de période d’essai possible.
Exemple 2 : plusieurs CDD, même poste
Thomas, technicien, a enchaîné deux CDD de 6 semaines chacun (total : 3 mois). Il est embauché en CDI sur le même poste.
Période d’essai maximale (technicien) : 3 mois.
Déduction de 3 mois → pas de période d’essai possible.
Exemple 3 : CDD court, cadre
Luc, cadre, a effectué un CDD de 2 mois comme chef de projet. Il est embauché en CDI au même poste.
Période d’essai maximale (cadre) : 4 mois.
Déduction de 2 mois → période d’essai résiduelle de 2 mois (au lieu de 4).
Exemple 4 : intérimaire embauché en CDI
Claire, employée, a effectué 2 missions d’intérim de 1 mois chacune dans les 3 derniers mois. Elle est embauchée en CDI.
Période d’essai maximale (employée) : 2 mois.
Déduction de 2 mois (missions des 3 derniers mois) → pas de période d’essai possible.
5. Que faire si votre employeur ne déduit pas le CDD de votre période d’essai
Si votre employeur vous impose une période d’essai complète sans déduire la durée de votre CDD, la période d’essai est illicite. Les conséquences sont importantes :
La rupture de la période d’essai devient un licenciement sans cause réelle et sérieuse
Si l’employeur rompt le contrat pendant une période d’essai qui aurait dû être supprimée ou réduite, cette rupture ne produit pas les effets d’une rupture de période d’essai. Elle est requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse, ce qui ouvre droit à des indemnités.
Indemnités en cas de rupture abusive de la période d’essai
| Indemnité | Détail |
|---|---|
| Indemnité de licenciement | Légale ou conventionnelle, calculée sur l’ancienneté totale (CDD + CDI) |
| Indemnité compensatrice de préavis | Correspondant au préavis non effectué |
| Dommages et intérêts | Barème Macron (article L. 1235-3) : entre 1 et 2 mois de salaire pour moins de 2 ans d’ancienneté |
| Indemnité de congés payés | Sur préavis et rappels éventuels |
Attention : si le contrat rompu est un CDD (et non un CDI), la rupture ne constitue pas un licenciement mais une rupture anticipée abusive. Le salarié peut alors demander des dommages et intérêts au moins égaux aux salaires qu’il aurait perçus jusqu’au terme du CDD.
Comment contester la période d’essai
- Rassemblez les preuves : vos CDD antérieurs, fiches de paie, contrat CDI mentionnant la période d’essai.
- Adressez une lettre recommandée à votre employeur lui demandant de rectifier la durée de la période d’essai en application de l’article L. 1243-11.
- Saisissez le Conseil de prud’hommes si l’employeur refuse ou s’il a déjà rompu le contrat pendant la période d’essai illicite.
6. Rôle de l’avocat en cas de litige sur la période d’essai après un CDD
L’intervention d’un avocat en droit du travail est particulièrement utile pour :
- Vérifier la licéité de votre période d’essai au regard de vos CDD antérieurs et de votre convention collective.
- Calculer la durée résiduelle exacte de la période d’essai après déduction.
- Contester une rupture abusive intervenue pendant une période d’essai qui aurait dû être supprimée.
- Négocier une indemnisation amiable ou engager une procédure devant les prud’hommes.
Cabinet De La Torre Avocat
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7. Questions fréquentes sur la période d’essai CDI après CDD
Mon employeur peut-il m’imposer une période d’essai après un CDD sur le même poste ?
Non. La durée de votre CDD doit être intégralement déduite de la période d’essai du CDI (article L. 1243-11 du Code du travail). Si votre CDD était plus long que la période d’essai prévue, celle-ci est totalement supprimée.
La déduction s’applique-t-elle si j’ai eu plusieurs CDD avec des interruptions ?
Oui. Depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 19 juin 2024 (n° 23-10.783), la durée totale des CDD est déduite même s’il y a eu des interruptions entre les contrats, dès lors que les compétences requises étaient identiques (continuité fonctionnelle).
Que se passe-t-il si je suis intérimaire embauché en CDI ?
La durée des missions d’intérim accomplies au cours des 3 mois précédant le recrutement est déduite de la période d’essai du CDI (article L. 1251-38). Les missions plus anciennes ne sont pas prises en compte.
Ma période d’essai est illicite : que puis-je obtenir aux prud’hommes ?
Si l’employeur rompt le contrat pendant une période d’essai illicite, cette rupture est requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Vous pouvez obtenir l’indemnité de licenciement, l’indemnité compensatrice de préavis et des dommages et intérêts selon le barème Macron.
L’employeur doit-il prouver que le poste est différent ?
Oui. La charge de la preuve pèse sur l’employeur. Il doit démontrer que le CDI porte sur un poste exigeant des compétences et qualifications substantiellement différentes de celles du CDD. Un simple changement d’intitulé ne suffit pas.
Peut-on renouveler une période d’essai déjà réduite par un CDD ?
Oui, sous conditions. Le renouvellement est possible si un accord de branche étendu le prévoit, si le contrat de travail mentionne expressément cette possibilité, et si le salarié donne son accord au moment du renouvellement (article L. 1221-21 du Code du travail). La durée totale (période d’essai réduite + renouvellement) ne peut pas dépasser les plafonds légaux : 4 mois pour les ouvriers et employés, 6 mois pour les techniciens, 8 mois pour les cadres.
Quel est le délai de prévenance en cas de rupture de la période d’essai ?
Lorsque l’employeur met fin à la période d’essai, il doit respecter un délai de prévenance qui varie selon la durée de présence du salarié (article L. 1221-25 du Code du travail) :
- Moins de 8 jours de présence : 24 heures
- 8 jours à 1 mois : 48 heures
- 1 à 3 mois : 2 semaines
- Plus de 3 mois : 1 mois
Le salarié qui rompt la période d’essai doit respecter un délai de 48 heures, ramené à 24 heures s’il est présent depuis moins de 8 jours (article L. 1221-26). Le non-respect du délai de prévenance par l’employeur n’invalide pas la rupture, mais ouvre droit à une indemnité compensatrice égale aux salaires correspondant à la durée du préavis non respecté.
La période d’essai est-elle possible après un contrat d’apprentissage ?
En principe, non. L’article L. 6222-16 du Code du travail interdit toute période d’essai lorsque le même employeur embauche l’ancien apprenti en CDI, CDD ou intérim. Cette interdiction vaut quel que soit le poste occupé dans le nouveau contrat. Seule exception : une clause expresse de la convention collective applicable peut autoriser l’instauration d’une période d’essai.
8. Schéma récapitulatif : période d’essai CDI après CDD
Ce schéma résume les règles de déduction de la période d’essai selon votre situation (CDD, intérim, stage, apprentissage) et les recours en cas d’abus.


